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Corrigés Bac philo 2011 - série L

Publié le 12/04/2016

Des profs de philo ont planché comme vous sur les sujets du bac philo. Découvrez ici le fruit de leur réflexion...

Sujet de dissertation n° 1 : Peut-on prouver une hypothèse scientifique ?

Prouver une hypothèse scientifique suppose un processus qui permettra de conclure avec certitude à sa vérité: l'hypothèse sera vérifiée et accèdera au statut de loi. Pourtant, la question posée nous invite à mettre en doute, ce qui semble aller de soi, l'épreuve de la preuve. L' hypothèse de la preuve ne conserve-t-elle pas, dans certaines conditions,bien que vérifiée, son statut d'hypothèse? Plutôt que de conclure à une certitude nécessaire et universelle, la preuve n'établit-elle pas, plutôt, des vérités probables, possibles?

I L'hypothèse scientifique s'inscrit dans un processus expérimental qui permet de conclure avec certitude à sa vérification( l'hypothèse est vraie) ou à sa falsification( l'hypothèse est fausse)
1) le processus expérimental a été mis en évidence par C.Bernard dans un ouvrage intitulé Introduction à la médecine expérimentale. On part de l'observation des faits qui conduit à l'élaboration d'une hypothèse qui sera vérifiée par l'expérimentation.
2 exemples:l'expérience des « foies lavés » qui permettra d'établir la fonction glycogénique du foie__ Si Copernic a fait la démonstration mathématique de l'héliocentrisme, Galilée en établira la preuve expérimentale à partir de l'observation des anneaux de Saturne.

2) toutefois, le processus mis en valeur par C.Bernard demande à être « complexifié ».L'observation des faits qui conditionne le statut de l'hypothèse n'est pas naïve et spontanée. Elle suppose un véritable travail théorique: « les faits ne sont pas tout faits ». Bachelard établit une distinction entre des faits nouveaux qui viennent bouleverser une théorie antérieure( ex: les lois de Mendel (sur l'hérédité) et des faits polémiques qui vont rendre caduque une théorie antérieure( ex: la substitution de l'héliocentrisme au géocentrisme).La physique moderne en nous faisant passer du monde clos des anciens à l'univers infini, provoque une véritable révolution dans les mentalités.

3) L'hypothèse falsifiée ou vérifiée le reste toujours dans un cadre théorique particulier. C'est dans le contexte de la physique au 19ème siècle que se sont opposées deux hypothèses pour comprendre la nature de la théorie ondulatoire. C'est seulement dans ce cadre théorique strict que la seconde hypothèse l'a emporté sur la première.

II L'hypothèse scientifique ne peut pas être prouvée de manière absolue et universelle. Elle n'a de sens qu'à l'intérieur d'un cadre précis.
1) selon Hempel, une hypothèse même après expérimentation, reste seulement possible. On peut conclure d'une expérience à des probabilités de vérité d'autant plus grandes que le nombre d'expériences inférées concluantes aura été important. Autrement dit, si l'hypothèse est est prouvée, c'est seulement à titre de possibilité ou de probabilité.

2) Il est des domaines comme par exemple, a biologie, où les conditions de l'expérimentation rendent difficile l'observation. Trois conditions essentielles limitent la valeur de la preuve de l'hypothèse:
-la séparation artificielle( par ablation in vitro) nécessaire à l'observation ne permet pas de reproduire exactement le lien de la partie séparée avec le tout de l'organisme.
-l'irréversibilité des phénomènes que ne permet pas de renouveler l'expérience à l'infini sous peine de destruction de l'objet d'observation.
-l'individualité du vivant qui fait qu'on ne peut conclure imprudemment du singulier au général.

3) K.Kopper mettra en évidence que dans tous les domaines de la science, les conditions de l'expérimentation ne permettent pas de conclure à la validité d'une hypothèse. Prenons par exemple, la proposition: « tous les corbeaux sont noirs ». Cette proposition ne peut être vérifiée car elle supposerait de considérer l'ensemble des corbeaux qui ont existé et existent dans la nature. Ce qui est impossible: rien n'empêche d'imaginer qu'il y ait pu avoir une exception, celle d'un corbeau blanc;

III Revenir à la « docte ignorance » socratique
1) le savant, aujourd'hui, retrouve la posture de l'ignorance savante: « je sais que je ne sais rien » ou plus encore celle de la mesure de l'étendue de ce que l'on ne sait pas: « plus on sait, plus les limites du savoir reculent »

2) notre connaissance de la nature est relative à notre capacité de connaître. Finalement, la science nous renseigne tout autant sur la nature que sur notre capacité à connaître la nature. La phrase d'Einstein selon laquelle « je considérerai ma théorie de la relativité pour vraie tant que rien ne montrera qu'elle est fausse » nous montre bien que nous en restons au statut de l'hypothèse, que nous sommes dans le « tenir pour vrai » et non dans le « vrai » absolument certain.

3) Toutefois, nous devons éviter de sombrer pour autant dans un scepticisme relativiste, la science ne cesse de progresser.

 

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