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Corrigés Bac philo 2010 - série ES

Corrigés de Marijke Minnebo, professeur de Philosophie.

Publié le 12/04/1992

Des profs de philo ont planché comme vous sur les sujets du bac philo. Découvrez ici le fruit de leur réflexion...

Sujet de dissertation n° 1 : Une vérité scientifique peut-elle être dangereuse ?

Problème:
A première vue, la science est en quête de vérités objectives, certaines, assurées et elle n'aurait que ce seul objectif louable : décrire la réalité. Rien de dangereux dans la théorie galiléenne du mouvement qui recourt au concept d'inertie pour nous décrire, mieux que dans notre expérience quotidienne, comment les corps se comportent dans le monde. Il est rassurant de savoir que les scientifiques oeuvrent pour nous fournir des vérités sûres, claires et non relatives ou confuses comme celles de l'opinion.
Pourtant, il serait naïf de croire qu'une vérité, pour scientifique qu'elle soit, ne puisse donner lieu à aucune ambiguïté. Elle peut risquer de devenir une spéculation métaphysique sur l'essence du monde, le « fond du réel ». Elle peut encore être lue de manière douteuse par d'autres, comme on a pu le voir au cours de l'histoire pour le concept de sélection naturelle.
Mais le danger ne vient-il que de l'extérieur ? De ceux qui s'opposent à la vérité scientifique à ceux qui la transforment en vérité métaphysique ou anthropologique ? N'y-a-t-il pas des écueils à éviter pour le scientifique lui-même ? Il faudra se demander si ce n'est que dans ces mauvaises lectures que la vérité scientifique s'avère dangereuse, comme s'il lui était-impossible, en elle-même d'être dangereuse.

I - C'est l'opinion qui est dangereuse car ni toujours vraie, ni toujours fausse, elle laisse l'esprit confus. Elle peut même vouloir condamner la vérité scientifique à mort comme ce fut le cas pour Galilée.
Le danger ne vient pas des situations où nous avons conscience du caractère seulement probable, hypothétique et donc non-scientifique de nos affirmations. Lorsque nous savons par ouïe-dire , ou que nous savons que nous ne faisons que croire, il n'y a pas de danger.
Malheureusement, ce n'est pas ainsi que fonctionnent les opinions brutales ou racistes qui sont des jugements à l'emporte-pièce. C'est là l'ego qui s'y affirme et qui prétend avoir le courage de dire des choses déplaisantes. Pour poursuivre dans le registre du non-scientifique qui s'ignore, on pourra évoquer les opinions qui se donnent la caution d'un argument d'autorité : « parce que c'est comme ça ».
L'opinion peut certes tomber juste et tomber d'accord avec la vérité scientifique comme le montre bien Platon dans le Ménon en distinguant opinion, opinion droite et connaissance. Mais dans le cas de l'opinion droite, il n'y a pas de justification précise de ce qui est avancé. Juste un instinct comme le décrit Platon pour le cas des hommes politiques habiles qui prennent des décisions correctes mais qui ne savent pas pourquoi. Mais se fier à un simple instinct peut bien s'avérer dangereux! Il n'y a là rien de fiable justement.
Le mathématicien, lui, peut démontrer dans le cadre de la géométrie euclidienne que nécessairement les trois angles d'un triangle doivent faire 180°. C'est une vérité scientifique, elle a des attaches solides.
On l'aura compris le danger vient de l'ignorance et plus particulièrement de l'ignorance qui s'ignore.

II - Une vérité scientifique peut contenir des ambiguïtés. Elle doit avoir conscience de ses limites.
Eviter la tentation métaphysique. On voit chez Leibniz déjà (Discours de métaphysique, §10), une séparation nette entre métaphysique et science. La métaphysique se réserve l'explication générale des choses, en appelant aux causes ultimes, se prononçant sur la nature de la réalité. La science, elle, ne doit se situer qu'au niveau du « détail des phénomènes ». Son rôle ne consiste qu'à relier entre eux les phénomènes. Chez Leibniz on trouvera les notions de mouvement, grandeur et figure donc une approche mécaniste.
Ainsi la notion de sélection naturelle peut donner lieu à des ambiguïtés si on la prend pour une force existant réellement dans le monde plutôt que pour un principe explicatif. De même, il serait dangereux d'y voir une nature agissant comme l'homme de manière finaliste.
Les petites variations individuelles se font bien au hasard. Et certaines parmi elles seront plus adaptées à la survie.
Là encore, la science bien délimitée semble au-dessus de tout soupçon mais la possession de la vérité n'invite-t-elle pas à tomber dans certains écueils? Quels dangers internes doit éviter le scientifique qui possède la vérité?

III - Le seul danger dommageable et venant d'elle, que court une vérité scientifique c'est le dogmatisme.
Toute véritable réflexion est une activité dangereuse nous dit Hannah Arendt, puisqu'elle commence par remettre en cause les anciennes valeurs ou les paradigmes dépassés, dans le cas de la science.
Le risque lorsque la vérité est atteinte sera non plus le scepticisme ou le nihilisme d'une pensée qui avance mais le dogmatisme d'une pensée qui croit tout savoir.
S'il pensait tout savoir le scientifique ne penserait plus et Arendt ajoute « C'est la pensée qui est une activité dangereuse. Mais ne pas penser est plus dangereux encore. » (Entretiens INAV, 1974)
On sait que pour Arendt, c'est l'absence de pensée qui ouvre la voie au mal.
Au scientifique de penser et de repenser la vérité de sa théorie, afin d'éviter le danger du dogmatisme. Car il n'est pas impossible pour une vérité scientifique de ne pas voir ses propres dangers.

Conclusion : On peut donc conclure que l'opinion est par essence dangereuse et plus encore lorsqu'elle croit savoir. Mais la vérité scientifique n'est pas de son côté, et par simple opposition à l'opinion, à l'abri de tout danger. Tirée de l'extérieur : attirée par la métaphysique, mésinterprétée, elle court aussi le danger de se croire tout puissante et absolue. Le pire danger pour la science c'est d'oublier que la vérité est une quête.

 

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